Tribune

« Après la « guerre », l'heure de la refondation a sonné »



Après cette crise sans précédent du Covid-19, le maintien de notre souveraineté dépendra de notre capacité à refonder un modèle à bout de souffle.


La crise actuelle du Covid-19 montre que le « modèle français » est à bout de souffle, incapable de fournir des masques, des gants et des solutions hydroalcooliques à son personnel soignant, alors qu'il consacre chaque année 57 % de la richesse créée sur le territoire à ses services publics, un record en Europe et presqu'un record mondial !

Pire, ces dépenses massives et de moins en moins efficaces s'effectuent au prix d'une dette galopante, majoritairement détenue par des créanciers étrangers, ce qui remet en cause la souveraineté même du pays.

Au-delà de la crise sanitaire actuelle et de notre système de soins, nos performances publiques déclinent d'année en année alors que nous dépensons toujours plus. La France figure ainsi parmi les mauvais élèves de l'Union européenne dans pratiquement toutes les grandes politiques régaliennes : Education, Justice, Sécurité, etc. De forts prélèvements et dépenses publiques ne sont pas un problème en soi tant que l'Etat est performant et fournit un très haut niveau de prestations. Ce que les entreprises et les ménages perdent d'un côté, ils les récupèrent de l'autre par des services non-marchands de qualité qui contribuent à la prospérité globale du pays.

Or, depuis quarante ans, nous sommes installés dans un cercle vicieux où s'enchaînent forts prélèvements obligatoires, perte de compétitivité, faible croissance, chômage de masse, dépenses publiques en hausse, aggravation de la dette, hausse des prélèvements. Pour tenter de répondre à la grogne sociale qui monte, on dépense l'argent que l'on n'a pas. De façon imagée, on pense d'abord à partager les parts d'un gâteau qui se rétrécit avant d'essayer de le faire grossir.

Avec la crise sans précédent que nous connaissons, l'Etat va devoir, et c'est légitime, jouer son rôle d'amortisseur, de garant ou de prêteur en dernier ressort des acteurs économiques. Le problème est qu'il n'en a plus les moyens ! A force de repousser les réformes par « temps calme » afin d'assainir les finances publiques et se redonner des marges de manœuvre lors des tempêtes, comme la plupart de nos voisins l'ont fait, notre pays risque fort d'être littéralement « étranglé » à peine sorti de cette crise.

Défiance. En effet, l'afflux de demandes de financement des Etats sur les marchés financiers risque d'augmenter les taux d'intérêt et d'y dégrader la « signature » de la France, soit la confiance des créanciers, ce qui augmentera encore d'autant les taux auxquels notre pays empruntera. Tenez-vous bien : avec des taux aujourd'hui quasi-nuls, nous payons chaque année environ 40 milliards d'euros d'intérêts aux fonds de pension, grandes banques, compagnies d'assurance, fonds souverains et autres acteurs de la finance internationale, soit plus que notre budget de la défense, les deux tiers du budget de l'Education nationale et la moitié du budget alloué à nos hôpitaux ! Fait aggravant, plus de 60 % de notre dette sont détenus par des « non-résidents ».

En somme, nous ne sommes plus maîtres de notre destin. Avec l'arrêt de notre économie et l'intervention massive de l'Etat, nos déficits budgétaires vont durablement et très fortement augmenter, ce qui va accroître par là même notre dette. A chaque crise, un palier est franchi : de 60 % du PIB environ avant la crise de 2008 à plus de 80 % après. De 100 % aujourd'hui à combien demain ? 120 %, 140 % ?

Nous devons avoir le courage de dire aux Français que cela ne peut plus durer. Tôt ou tard, quelqu'un paiera et si nous n'y prenons garde, c'est un scénario grec qui nous attend avec une mise sous tutelle humiliante du pays par les instances financières supranationales , Fonds monétaire internationale (FMI) en tête. Concrètement, cela signifie des mesures drastiques aux conséquences sociales catastrophiques : baisse des pensions et des salaires des fonctionnaires de 20 % ou plus, baisses massives des aides sociales, mise sous tutelle de l'épargne privée, soit l'épargne des Français, etc.

Passé le Covid-19, il sera encore temps d'éviter ce scénario catastrophe. Pour cela, il faut changer de logique et faire comprendre que le financement de notre modèle social et environnemental par l'endettement n'est pas viable. Il faut le financer en relocalisant la création de richesses en France.Nos concitoyens étant très majoritairement d'accord pour estimer que le capitalisme est le pire système économique à l'exclusion de tous les autres, il faut donc aider nos entreprises ! L'argent dit « public » ne tombe pas du ciel, mais vient de la capacité de notre tissu productif à dégager des ressources dont une partie doit alimenter le secteur public.

Cercle vicieux. Pour briser le cercle vicieux actuel, il nous faudra baisser massivement les impôts, taxes et cotisations qui pèsent sur notre capacité à produire. Toutes les études (FMI, Banque mondiale, Eurostat, etc.) convergent : nos entreprises sont les plus fiscalisées des pays développés. Ainsi, 24 % de la valeur ajoutée d'une entreprise française sont prélevés en moyenne par les pouvoirs publics contre 14 % en Allemagne, 16,9 % aux Pays-Bas et 19,1 % en Belgique, pays qui ne sont pas considérés comme sous-administrés ou des enfers sociaux ! Prenons une PME dans le numérique. Selon une étude de KPMG, une même entreprise avec plus de 30 millions d'euros de chiffre d'affaires dégage un résultat net après impôts de 5 millions d'euros aux Pays-Bas, 4,4 millions en Allemagne, 3 millions en Italie et… 1 million en France. Comment innover, créer des emplois et augmenter les salaires avec un tel écart !

Pour autant, la baisse des prélèvements ne suffira pas. Pour redresser notre pays et comme nos aînés le firent après-guerre, il nous faudra également et parallèlement travailler plus, plus longtemps et mieux tant les 35 heures, outre leur impact désastreux sur notre compétitivité mesuré par la baisse de nos parts de marché et le déficit abyssal de notre balance commerciale, ont engendré une forte compression du temps de travail synonyme d'explosion du mal-être chez les salariés, les cadres et les agents publics.

Qui parlait de stress, de harcèlement ou d'épuisement au travail avant 2002 ? La France a ce paradoxe d'avoir des actifs qui travaillent de 20 % à 30 % de moins sur une vie que ses concurrents tout en affichant une des productivités par heure les plus élevées au monde. L'amélioration de la qualité de vie au travail doit donc nous permettre de « sortir par le haut » de cette question du temps de travail. Une nette majorité des Français est prête, pour leur pays et leurs enfants, à travailler plus à la condition que le travail soit davantage un lieu d'épanouissement ce qui nécessite, outre une décompression du temps de travail, une meilleure formation managériale des cadres dans les écoles publiques comme privées afin que ces derniers soient davantage des « capteurs de stress et diffuseurs de sérénité » que de simples boîtes aux lettres de leur hiérarchie.

Etat agile. Mais briser ce cercle vicieux sans augmenter l'endettement public impose parallèlement de réformer drastiquement l'Etat, les collectivités locales et les organismes de Sécurité sociale.Non seulement nous pouvons, mais nous devons dépenser moins et mieux ! Dans les années 1960, nous dépensions presque deux fois moins d'argent en pourcentage du produit intérieur brut pour nos politiques publiques. Qui peut dire qu'elles sont aujourd'hui deux fois plus performantes ! Au contraire, l'Etat des années 1960, c'est non seulement un Etat qui protège, soigne et instruit efficacement, mais c'est un Etat agile, stratège, conquérant avec le lancement d'investissements moteurs qui font toujours notre fierté : le TGV, Airbus, Ariane, le nucléaire civil et militaire, etc. Plus près de nous, les pays de l'Union européenne dépensent en moyenne 10 points de PIB de moins que la France tout en affichant généralement de meilleurs services publics.

Pour retrouver cette agilité, cette performance de la dépense publique, nous devons suivre deux règles d'or, de bon sens :

- ne jamais séparer le décideur du payeur, soit pour chaque mission publique, la désignation d'un seul responsable avec un budget à sa main ;
- distinguer l'administration de terrain (« Front Office »), qui rend un service reconnu au quotidien aux Français et dont les effectifs doivent être maintenus voire renforcés, de l'administration de gestion (« Back Office ») où s'enchevêtrent structures, compétences et responsabilités et où le « qui fait quoi » devra être clarifié drastiquement.

Une fois les processus (le « qui fait quoi ») du « Back Office » rationalisés, l'efficience comme l'efficacité des services publics pourront encore être accrus grâce à la dématérialisation des documents, des procédures et grâce au recours à l'intelligence artificielle. Cela nous permettra de favoriser d'autant les agents présents sur le « terrain » comme les policiers, gendarmes, enseignants, personnels soignants qui constituent nos nouveaux « hussards noirs ».

Un Etat recentré sur ses missions essentielles, c'est aussi un Etat simplifié, plus proche des citoyens. C'est pourquoi la suppression de deux niveaux d'administration est souhaitable, le département et l'intercommunalité par exemple en contrepartie d'un regroupement de communes, ainsi que la suppression ou la fusion d'un quart des 500 opérateurs ou agences de l'Etat qui représentent une dépense annuelle de 50 milliards d'euros. Si personne ne conteste l'intérêt ni l'action de Météo France, du CNRS ou de l'Inserm, il n'en va pas de même de dizaines d'autres structures comme l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT) ou les groupements d'intérêt public formation continue-insertion professionnelle (GIP FC-IP) dont la plus-value apparaît toute relative.

Choc de confiance. Des mesures courageuses sont donc à prendre pour relever les défis auxquels la France doit faire face, les plus importants depuis 1958. Cependant, ces mesures seront acceptées par une majorité d'entre nous qu'à la condition d'opérer un véritable « choc de confiance » en vue de diversifier l'offre politique, permettre une plus large participation comme une plus grande responsabilisation des citoyens entre deux élections majeures. Cela signifiera, par exemple, une limitation des mandats à deux consécutifs, l'obligation d'un casier judiciaire vierge à matière d'atteinte à la probité pour se présenter à une fonction élective, le référendum d'initiative citoyenne, voire le tirage au sort en complément du suffrage universel.

Nous faisons confiance à nos compatriotes pour prononcer les peines les plus lourdes du Code pénal, pourquoi pas pour décider de projets à tous niveaux, notamment lorsque ces derniers ne figurent pas dans la profession de foi du candidat ou de la liste sorti(e) vainqueur des urnes. Enfin, cela passe aussi et surtout par la remise à l'honneur de l'éthique, de l'exemplarité et du dévouement total à la Nation, la Patrie et la République comme qualités cardinales attendues dans le choix des membres d'un gouvernement et des principaux décideurs publics.Ces derniers doivent comprendre que « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux » (Montesquieu).

La compétence ne suffit pas. Le gouvernement actuel est, sur le papier, à contempler les CV de ses membres, l'un des plus qualifiés de la Ve République. Dans les faits, il restera dans l'histoire comme l'un des plus médiocres.En démocratie, si les compétences et l'expérience sont mises au profit d'intérêts personnels, elles sont non seulement inutiles, mais profondément nuisibles. Il faut donc des personnes compétentes, mais aussi et surtout animées par l'ardente envie de servir et non se servir. Dans la situation où se trouve le pays, aucune défaillance individuelle ne pourra plus être tolérée au plus haut niveau de l'Etat !

Face aux défis de notre temps, nous disons simplement à nos compatriotes que tout est possible, rien n'est écrit, le destin de notre Patrie est entre nos mains ! En 1 500 ans d'histoire, la France a, entre autres, surmonté la folie d'un roi au beau milieu de la guerre de Cent ans pour finalement triompher et est sortie vainqueur des deux plus grands conflits que la Terre ait connus.

Notre pays a tout pour réussir. Finançons notre prospérité par nos propres moyens en relocalisant la création de richesses en France. Pour cela, donnons de l'oxygène à nos entreprises et réformons notre Etat afin qu'il soit à nouveau l'assurance-vie de la Nation !

Patrice Huiban,
Directeur du Projet d'Objectif France.