RÉCIT
« Merci la Meuse, et bravo ! », par Rafik Smati
  
Rafik Smati et Bertrand Soubelet se sont rendus dans la Meuse, à l'invitation du Maire du village de Culey. Au programme de cette journée : visite du centre d'enfouissement des déchêts radioactifs longue-durée à Bure, visite d'une exploitation agricole, et rencontre avec des citoyens et des élus... Rafik Smati partage avec nous le récit de cette journée riche et passionnante.

Depuis des mois, je parcours la France. Un déplacement par semaine en moyenne, pour prendre le pouls de la France, de la vraie France, celle des territoires. Et cela malgré un emploi du temps professionnel très chargé (et oui, je ne suis pas un politicien de carrière, et je vous rassure : je ne le serai jamais).

Mon déplacement d'hier dans la Meuse est sans doute l'un des plus intenses et des plus riches qu'il m'ait été donné de faire.

Départ de Paris à 6h, avec le Général Bertrand Soubelet, vice-président d'Objectif France. Nous arrivons sur place à 9h45, accueillis par Lydéric Enchery, jeune Maire de Culey, petit village rural de 150 âmes. Nous passerons la journée avec lui.

A 10h, commence le premier volet de notre journée : la visite du laboratoire de Bure, là où se construit un centre d'enfouissement des déchets radioactifs de longue durée. Des zadistes campent dans les bois avoisinants.

Briefing avec le responsable de la sécurité, qui nous explique les risques et les procédures d'urgence. Puis nous enfilons notre appareillage (casques, gilets, oxygène de secours), et empruntons le monte-charge qui va nous descendre, en 7 minutes, à 500 mètres sous Terre.

Pourquoi un centre d'enfouissement aussi profondément ? Tout simplement pour gérer une situation que les concepteurs de nos réacteurs nucléaires actuels se sont refusés d'anticiper lors de leur mise en place. Nous sommes en effet aujourd'hui au pied du mur : après plusieurs décennies d'exploitation de nos centrales nucléaires, nous ne savons que faire de ces déchets dont certains perdureront des millions d'années. Il faut donc les rendre inaccessibles. Suffisamment inaccessibles pour que nos descendants lointains, qui pourraient entre temps avoir oublié la raison et la nature de ces déchets, ne puissent pas tomber dessus par inadvertance.

Ce projet est donc salutaire, et me renforce dans l'idée que le nucléaire de seconde et troisième génération ne forme pas une solution durable. La quatrième génération, qui verra le jour à horizon 2060, ne posera fort heureusement pas ce type de problème. Tout comme les énergies renouvelables, bien sûr.

Après une pause déjeuner dans une cafétéria de Bure, nous nous rendons dans l'exploitation agricole de Lydéric Enchery, le jeune Maire de Culey cité plus haut.

Lydéric a 41 ans. Il est fils et petit-fils d'agriculteurs. Assisté d'un associé et d'une apprentie, il gère plusieurs centaines de vaches à lait. Ses journées commencent à 8h, et se finissent à 21h. Nous passons plus de trois heures dans l'exploitation.

Lydéric nous explique tous les processus qu'il a mis en place. Il s'est par exemple récemment équipé d'un robot « nourrisseur », chargé de repousser automatiquement le fourrage vers le museau des vaches. Impressionnant ! Endery a compris une chose essentielle : l'innovation est la clé de la pérennité d’une entreprise. Et malgré les nombreuses contraintes auxquelles il est confronté, il s’oblige à innover en permanence, quitte à sacrifier son train de vie personnel.

Vers 18h30, nous nous rendons à la Mairie de Culey. Une centaine de personnes nous y attendent pour une réunion publique. Dans l'assistance : Gérard Longuet, ancien ministre, et élu local.

Pendant près de 3 heures, nous échangeons tambour battant avec les citoyens et élus locaux qui ont fait le déplacement, malgré la pluie persistante. Nous parlons de la crise de la ruralité, de la désindustrialisation, des déserts médicaux, de la fermeture du collège et de la maternité, de l'absence d'Internet haut-débit…

Nous terminons la réunion vers 21h30, galvanisés par l'énergie et l'optimisme de ces femmes et de ces hommes qui n'ont pas perdu l'envie de se battre pour leur région et pour leur nation, et quittons Culey, conscients d'avoir eu le privilège de passer un moment dans l'un de ces territoires où l'on entend encore battre le coeur de la France.

Rafik Smati

Prochains déplacements : mardi 30 Janvier à Bordeaux, et mercredi 07 février à Toulouse.

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