Tribune
Sauver le port du Havre, un enjeu national - Par Aurelien Duchêne, membre du comité stratégique d'Objectif France
   

Cette année, Le Havre fête les 500 ans de sa fondation par François Ier, qui rêvait d'en faire l'un des piliers d'une politique maritime ambitieuse. Mais le seul port français aujourd'hui en mesure de tenir dans le jeu mondial est depuis des années en voie de marginalisation.

Loin d'être un phénomène local, le déclassement du Havre est un danger national. D'une part en raison de l'importance croissante des ports dans un monde où 90% des marchandises s'échangent par mer. De plus, parce que la « Porte océane » est le prolongement maritime de Paris.

Or, la possibilité pour notre capitale de rester ou devenir l'une des villes-monde incontournables du XXIe siècle dépendra en grande partie de sa capacité à acquérir une nécessaire dimension maritime.

Napoléon disait en 1802 « Paris, Rouen, Le Havre, une seule ville dont la Seine est la grand’rue » : la force d'un port réside dans celle de son arrière-pays, et celui du Havre a tout pour être un coeur de la mondialisation. Pour le plus grand bénéfice de territoires aujourd'hui sinistrés.

Le décrochage continu des ports français

Le port du Havre est le 2e du pays après Marseille. Son intérêt est d’être le premier en termes de trafic de conteneurs. Mais à l’échelle planétaire, Le Havre n’est environ qu’à la 60e place. Indigne d’une puissance comme la France ! Rotterdam, premier port européen, se maintient 50 places devant.

En fait, plus de 50% de notre commerce extérieur est assuré par les ports de l’ARA (Anvers, Rotterdam, Amsterdam). Cette proportion était encore de 20% il y a 20 ans. En termes de trafic de conteneurs, les parts de marché françaises sont désormais inférieures à 5% du total européen…

Ce déclassement international est révoltant, mais il ne s’agit pas que d’une affaire de grandeur nationale. Le fait que la riche et puissante région lyonnaise soit davantage approvisionnée par Anvers que par Marseille pose la question de notre souveraineté.

En outre, le pouvoir d’achat des Français est directement impacté. Ça n’est pas de transporter un frigo de Shanghai à Rotterdam qui coûte cher : c’est le trajet de Rotterdam jusqu’à Angers ou Carcassonne.

Bienvenue dans le vide stratégique

Le problème de nos ports ne vient pas de leur taille. Ils sont, d’une part, mal équipés. Mais surtout, les politiques d’aménagement du territoire ont fait d’eux des culs-de-sac. Alors que nos ports devraient favoriser les flux de marchandises, ils manquent d’infrastructures de connexion.

Le cas du Havre illustre ce gâchis. Paris-Rouen-Le Havre devraient normalement constituer un vaste ensemble interconnecté. Il n’en est rien.

Les trains de marchandises allant du Havre vers Paris mettent par exemple plus de trois jours (deux heures pour les passagers) faute de lignes et barreaux dédiés. On met plus de temps pour effectuer un Paris-Rouen en train qu’un Paris-Rennes !

Rien dans le projet du Grand Paris n’est entrepris pour réorienter notre capitale vers l’axe seine. La logique de gestion à la petite semaine l’emporte sur l’ambition nationale.

Le Canal Seine-Nord, un projet qui risque d'achever Le Havre

Début octobre, le Gouvernement a remis sur la table le projet du Canal Seine-Nord Europe (CSNE), en discussion depuis 36 ans. Ce projet d'autoroute fluviale présente de nombreux aspects positifs pour les Hauts-de-France, région particulièrement en souffrance.

Mais une autoroute fonctionne dans les deux sens : si le CSNE est mis en service sans que le port du Havre n'ait été transformé en profondeur et correctement relié au reste du pays, les ports de la Northern Range en profiteront massivement.

On choisit un port en raison de sa connexion à l'hinterland. En d'autres termes, parce que le reste de la région est relié au port dans un temps convenable. Les ports de l'ARA sont ainsi reliés au reste de l'Europe centrale : avec le CSNE, la région sera encore plus facilement accessible aux ports du Nord qu'aujourd'hui. Le coeur économique de la France serait intégré à l'ensemble géoéconomique « germanique ». Le canal est en lui-même un bon projet pour les Hauts-de-France, mais le réaliser dans la situation actuelle, c’est acter la mort du Havre.

Osons défendre une vision ambitieuse pour la France

La marginalisation du Havre s’accélère, et risque d’être définitive avec la réalisation du CSNE d’ici 2025. Ceci altérerait notre capacité à rebondir dans la mondialisation.

Mais la France n’a pas vocation à subir la marche du monde.

Rafik Smati comprend mieux que les dirigeants actuels de la Droite les bouleversements de notre époque, face auxquels Objectif France entend adapter notre pays par le haut plutôt que de le « transformer ». Notre originalité est d’assumer avec pragmatisme la réalité du déclin de la France, tout en ambitionnant d’en refaire un modèle pour le reste du monde.

L'avenir de la France se jouera en grande partie sur les mers ; mais notre destin maritime se jouera d'abord aux portes de la Seine.

Aurelien Duchêne
Membre du comité stratégique d'Objectif France
Etudiant, éditeur du blog Ad disruptio

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