Tribune

« A quand un véritable service national universel ? » - par Patrice Huiban



Le service national universel, promesse de campagne d'Emmanuel Macron, se perd dans les sables mouvants. Patrice Huiban, membre du comité exécutif d'Objectif France, propose une autre réforme.


Un service national dit «universel» (SNU) a été mis en place en 2019 par le gouvernement avec pour objectif de promouvoir chez des jeunes volontaires de 15 à 17 ans, selon le site officiel, «un sentiment d’unité nationale autour de valeurs communes». Il consiste en un séjour de cohésion de 15 jours suivi de 84 heures dans l’année au service d’une mission d’intérêt général, deux périodes qui peuvent être prolongées par un engagement de trois mois minimum dans un dispositif comme le service civique.

Une promesse à moitié tenue

Promesse de campagne du président de la République, sa généralisation aux 800.000 jeunes Français n’aura lieu, au mieux, qu’en 2024. En l’état actuel des choses, comment le SNU peut-il atteindre ses objectifs alors qu’il ne concerne que des volontaires déjà, de facto, acquis à la cause républicaine ?

Comment un brassage social peut-il être opéré en seulement 15 jours de vie collective suivis de 84 heures de travaux d’intérêt général…sur une année !

Un tel dispositif, même s’il était un jour généralisé, semble inadapté du fait de sa lourdeur, de sa durée limitée et de l'absence de contreparties significatives rendues à la Nation au regard des contraintes imposées et de son coût, évalué entre 5 et 10 milliards par an.

Pourtant, le SNU est une bonne idée...à condition de revoir sa mise en oeuvre. Ne serait-il pas légitime dans notre démocratie d’exiger que chaque jeune citoyen donne 10 mois de sa vie, soit une année scolaire, à la collectivité à travers une implication significative dans la mise en œuvre de politiques publiques au service de leurs compatriotes en fonction de ses compétences et appétences ?

Pour cela, afin de concilier dans la durée adhésion des jeunes et brassage social, il faudrait que ce service soit établi dans une logique gagnant-gagnant avec des modalités simples de mise en œuvre. Ainsi, chaque jeune serait amené, entre 18 et 26 ans, à émettre des souhaits qui seraient soumis à une commission locale, sous couvert des centres du service national et de la jeunesse (CSNJ) existants, au regard des besoins exprimés par l'ensemble des ministères. Afin de garantir un mélange socio-culturel des individus, cette liberté de choix serait uniquement limitée par une règle fondamentale, pilier du système, qui est d’assurer une triple rupture sociologique, intellectuelle et géographique avec le milieu d’origine.

Dans ce cadre, le jeune ne serait pas amené à subir une obligation légale, mais serait appelé à être acteur de son service à la Nation. Cette responsabilisation serait un gage d'efficacité et d'acceptation du dispositif à moyen-long terme. Pour ceux se trouvant dans l’incapacité de formuler des souhaits cohérents ou en voie de marginalisation sociale, ce service serait un moyen non seulement de les détecter, mais aussi de les prendre en charge à travers des formules intensives de réinsertion qui ont fait leur preuve comme les centres de l’Etablissement pour l’insertion dans l’emploi (EPIDe) en France métropolitaine ou le Service militaire adapté (SMA) pour l'outre-mer.

Sur le plan matériel, cette logique gagnant-gagnant devrait être adossée à des modalités souples d’exécution, tout particulièrement en matière d'hébergement. Afin de permettre une montée en puissance rapide à coût maîtrisé, les pouvoirs publics pourraient passer des conventions avec des bailleurs publics comme privés, voire, en dernier recours, réquisitionner moyennant indemnité.

Externalité positives

Si le coût brut d'un tel service apparaît important au premier abord, son coût net serait bien inférieur voire négatif. En effet, les externalités positives pour la collectivité seraient innombrables en ces temps de disette budgétaire où les pouvoirs publics peinent à assumer leurs missions, du soutien scolaire dans les quartiers sensibles à l'entretien du patrimoine en passant par l'accompagnement des plus fragiles dans les établissements médico-sociaux ou la participation, en complément des réserves, à l’opération Sentinelle qui ne nécessite qu'une formation militaire de base.

En conciliant besoins de la société, quête de sens, envie de servir et construction personnelle comme professionnelle de milliers de jeunes, un service national co-construit pourrait permettre à notre pays de donner corps à ce qui reste trop souvent le parent pauvre de notre tryptique républicain : la fraternité.

Patrice Huiban
Directeur du projet d'Objectif France
Membre du Comité Exécutif d'Objectif France

Une tribune publiée dans Les Echos (voir ici)