TRIBUNE du 12 Janvier 2018
Général Soubelet : «violences contre la police : les mots ne suffisent plus»
  
Après le passage à tabac de deux policiers à Champigny, Bertrand Soubelet prend le temps d'analyser les facteurs qui poussent aujourd'hui des populations à s'en prendre ainsi aux forces de l'ordre. Pour reconquérir les «territoires perdus» de la République, l'indignation médiatique risque fort de n'être pas suffisante.

Texte également publié dans le Figaro Vox.

Les images «choc» de la jeune policière rouée de coups à Champigny sur Marne s'ajoutent à celles de l'incendie du véhicule de police quai Valmy, à celles de Viry-Châtillon, à celles de la gendarmerie de Meylan, au terrible assassinat de deux fonctionnaires à Magnanville et à toutes celles qui ne sont pas médiatisées.

Autant d'actes révoltants qui illustrent la profonde dégradation du climat social dans certaines parties de nos villes.

Il est essentiel de prendre le temps de l'analyse, pour éviter les contre-sens et tâcher de comprendre les événements dans leur complexité. Les réactions «à chaud» sont souvent dictées par l'émotion et prêtent aux polémiques.

Certains commentateurs concluent hâtivement à un probable sentiment de haine envers les policiers.

Certains auteurs de tweets totalement déconnectés du réel ont même invoqué l'attitude irrespectueuse de certains policiers, pour expliquer voire justifier le phénomène.

Mais toutes ces réactions relèvent d'une vision tronquée et partiale de la réalité.

Bien sûr, quelques fonctionnaires de police se comportent mal et méritent de sévères sanctions. Mais cela n'est pas une généralité et ne peut en aucun cas justifier ces agressions sauvages contre les représentants de l'ordre.

Il existe un sentiment de haine contre les policiers ou les gendarmes chez certains individus, empêchés dans leurs activités criminelles ou leurs divers trafics. Il faut s'en féliciter. Mais lorsque cette haine s'exerce physiquement, il revient à la justice de sanctionner sévèrement les auteurs. C'est généralement le cas lorsqu'ils sont identifiés.

Nos villes comptent trop de «territoires», pas toujours très étendus, des immeubles, des cages d'escalier, des espaces publics qui deviennent à certaines heures la «propriété» des bandes et des caïds. Pour se livrer à leurs trafics (de stupéfiants en général) ils y font régner une loi qui est celle du plus violent, y compris à l'encontre des habitants.

Mais au-delà de ces délinquants, c'est aujourd'hui toute une frange de la population qui nourrit un sentiment confusément hostile envers les forces de l'ordre.

Je distingue parmi ces personnes deux catégories.

Il y a ceux qui défient l'autorité. Ils résident essentiellement dans des quartiers concernés par la politique de la ville. Ils détestent tout ce qui représente la société, dans laquelle ils ne trouvent pas de place et finissent souvent, mais pas toujours, par devenir les acteurs d'une économie souterraine qui les éloigne encore davantage de la vie réelle.

Ces personnes incarnent une forme de rejet de notre modèle social et de tous ceux qui le représentent.

Mais cette attitude n'est pas exclusivement dirigée contre la police ou la gendarmerie. Elle atteint également, depuis déjà bien longtemps, les pompiers ou parfois les médecins et d'autres professions.

C'est ainsi que les secours sont régulièrement agressés par des jeunes, souvent mineurs, désœuvrés et en totale déshérence (plus de 2000 pompiers agressés en 2016). Le vandalisme et les incendies de bus de la RATP relèvent de la même logique. Dans la seconde catégorie se trouvent des millions de Français hostiles à la police à force de subir cette réalité au quotidien. Ils finissent par se méfier des forces de l'ordre. Ils attendent d'être protégés et défendus, et reprochent à l'État de ne plus remplir sa mission. Ils se sentent abandonnés et à l'occasion crient leur colère à l'encontre des policiers et des gendarmes.

Voilà l'état des lieux d'une partie de la France, oubliée, parfois reléguée à l'état de «zone de non-droit» soumise aux tensions et aux violences, parfois aussi à la haine et aux forces destructrices de l'islam radical.

C'est cela que nos autorités publiques tolèrent depuis bien longtemps, en évitant de donner des directives de fermeté et en considérant parfois que la présence policière ne doit pas être trop marquée pour éviter les provocations.

C'est cela que trop de Français vivent dans des quartiers livrés à la loi du plus violent. Ils sont quotidiennement soumis à l'inquiétude, voire l'angoisse de sortir de chez eux ou de rentrer en se faisant physiquement menacer, insulter, violenter.

C'est cela que les médias commentent de manière complaisante depuis trop longtemps en soupçonnant souvent les membres des forces de l'ordre, dont la parole ne vaut pas plus aujourd'hui que celle de ces voyous qui font la loi dans tous ces lieux publics.

C'est cela la réalité des «quartiers», dont l'ampleur n'a d'égales que la lâcheté et l'irresponsabilité de quelques élus locaux, qui préfèrent minimiser l'existence de ces phénomènes pour éviter de les traiter en profondeur.

C'est cela qui explique les agressions caractérisées contre les policiers et les gendarmes confrontés quotidiennement à la violence verbale et physique, et devenus des acteurs impuissants ou même découragés devant l'ampleur du phénomène.

Alors, quelles solutions adopter pour que, partout en France, ces îlots d'insécurité qui minent des quartiers entiers soient traités en profondeur avec fermeté, mesure et discernement?

Comment faire en sorte que les policiers et les gendarmes puissent œuvrer au quotidien dans la confiance, avec l'aide de la population, et avoir l'assurance de pouvoir mettre à l'écart efficacement ceux qui menacent la paix sociale?

En 2013 devant l'Assemblée nationale, j'appelais déjà de mes vœux une politique ambitieuse menée par un pouvoir exécutif courageux. C'était il y a quatre ans et depuis, rien n'a bougé.

La police de sécurité quotidienne ne suffira pas.

En revanche, une «force pluridisciplinaire projetable» dédiée, avec des professionnels de la sécurité et de la justice agissant sur le terrain en partenariat avec les élus et les acteurs locaux, serait en mesure de traiter progressivement ces dérives.

Une telle force serait la première étape avant une solution globale, inédite dans son fonctionnement, pour obtenir dans ces quartiers une vraie qualité de vie collective dont la sécurité est un élément essentiel.

Il nous faut viser des objectifs ambitieux plutôt que de nous résigner à vivre des cauchemars sans réagir. Or les seules réactions face à cette violence contre l'autorité sont celles de l'émotion, de l'indignation et de la condamnation médiatique parfois calculée.

Mais les mots ne suffiront jamais pour changer les choses.

Bertrand Soubelet
Vice président d'Objectif France

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