Tribune du 26 Mai 2018
« Ensemble, construisons l'Europe d'après »
  

Dans un an, les 27 pays de l'UE auront désigné le nouveau Parlement Européen. Le 26 mai 2019 au soir, nous connaitrons sa composition ; il y a fort à parier que le vieil équilibre entre les deux mastodontes, le groupe Socialiste et le groupe du PPE (droite et centre-droit), équilibre qui tient depuis 1979, sera rompu.

Objectif France se doit de participer au débat, d'apporter sa contribution à la réflexion et de participer au réveil des consciences. Un débat ouvert sur notre avenir, celui de nos enfants surtout, sur notre cadre de vie politique et sociale, quelques mois une fois tous les cinq ans, ce n'est pas trop demander ! Notre groupe de travail piloté par Jean-Marie Belin s'y attele dès à présent avec rigueur, esprit critique et passion, par delà les dogmes et les idées convenues.

Objectif France est un mouvement politique. La politique au sens premier du mot, grec puis latin : s'occuper de la vie de la cité. Qu'elle soit mon village de Provence et ses quelques milliers habitants, ou mon pays, la France, ou l'Union des 513 millions d'Européens, la vie de la cité nous importe et nous ne voulons pas nous laisser voler ce débat. Il n'est pas l'affaire des états-majors partisans.

Ce n'est pas notre affaire de savoir qu'il y aurait aujourd'hui deux blocs de force égale dans l'électorat : les anti-européens et eurosceptiques d'une part ; les euro-béats et les fédéralistes d'autre part. L'Europe vaut mieux que cette simplification quasi préhistorique... L'idée de notre Europe unie est née politiquement au milieu du siècle dernier. On souhaitait mettre en commun le charbon et l'acier. Aujourd'hui, on se prépare à aller sur Mars. Soyons de notre temps.

Le spatial est d'ailleurs une bonne image pour Objectif France. C'est le terrain des prochaines rivalités, et il n'est pas indifférent de voir qu'aujourd'hui le spatial n'est plus l'affaire exclusive des Etats seuls, mais qu'il émane aussi de la sphère privée ; Elon Musk, ce précurseur nous en donne un exemple spectaculaire ! Voulons-nous être alimentés en données, en informations, mais aussi surveillés par des satellites américains, russes, chinois ? La recherche spatiale doit être une activité d'excellence de l'UE, comme toutes les activités de recherche.

Angela Merkel a mille fois raison d'en faire la priorité n°1. Son réalisme terre-à-terre et cette lucidité pragmatique nous conviennent mieux que les envolées lyriques et le romantisme appelé parfois à la rescousse du manque de concret. Ses autres priorités, bien hiérarchisées, nous avions aussi prévu de les mettre en avant. Quatre chantiers priment et sur chacun, nous avancerons nos propositions : la recherche, la politique migratoire commune, la fortification de la zone euro et la défense. Ce dernier point est crucial en ce moment, et même si des progrès ont été accomplis, plus ces deux dernières années que lors des 60 ans précédents (comme le reconnaissait la Commission Européenne en juin dernier), le déclic manque pour que ce pas de l'Europe de la Défense soit effectif. A Objectif France, nous aimons l'Europe qui protège.

Nous qui sommes, au quotidien, au contact des gens, sur le terrain, nous entendons bien clairement l'aspiration de nos voisins, de nos collègues, de nos amis, de nos proches. Ils veulent d'abord deux choses : un droit d'inventaire et une pause. L'UE s'est trop éloignée ces quinze dernières années de la vie concrète des citoyens, de la « cité », pour qu'on fasse l'économie de cette pause dans une marche en avant souvent illisible. Nous ne demandons pas un moratoire, mais un temps d'examen, de pause dans la construction européenne pour effectuer un audit de ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas à l'échelle des institutions de l'Union ; avec derrière la question cruciale de la pérennité de l'État-Nation comme cadre principal à l'exercice de la démocratie.

Les décisions passées, les textes, les directives, ce n'est pas au Conseil Européen, ni à la Commission, de les alléger, de les simplifier, de les mettre à jour ; ils ne peuvent être eux-mêmes à la fois juges et acteurs de cette remise en question. Cet examen général, c'est au Parlement de le conduire et de le contrôler pendant la première moitié du mandat à courir.

Objectif France préconise cette pause, ce temps d'examen de nos politiques européennes. C'est à l'issue de cet examen que l'UE pourra ou non décider d'aller de l'avant, de façon unanime, au même rythme, à 27 ; ou disparate, avec dans ce cas, les fameux cercles, les noyaux durs, les leaders de l'Union à 10...

Elle est pour nous en corrélation étroite avec cette autre direction que nous souhaitons suivre pendant les cinq prochaines années et jusqu'à l'horizon 2025 : « en faire moins, mais le faire beaucoup mieux ». A Objectif France, nous rejetons le choix binaire du « encore plus » ou du recul pénalisant, faux choix simpliste et primaire. Ce retour à l'essentiel plutôt qu'à la pénible dispersion des compétences de l'UE doit être un progrès pour tous les citoyens européens, dans les six domaines d'action, dont le budget, la politique étrangère avec la sécurité et la défense, les migrations (Schengen) et l'union économique et monétaire. L'UE devrait alors réduire ses interventions dans les autres secteurs. Moins de directives, de règlements, de charges ; et l'engagement qu'au passage, la France ne les alourdirait pas histoire de montrer son zèle. Les agriculteurs, victimes principales, seront les premiers à s'en réjouir.

Et nous n'oublions pas, parce qu'elle est dans nos gènes, la société civile. Loin d'être désintéressée ou ignorante, mais lassée de l'entre-soi des technocrates, fonctionnaires, politiques ou journalistes et de leur jargon, elle a son mot à dire et ses propositions à faire. Objectif France les portera mieux que quiconque, à sa manière originale, après avoir beaucoup écouté et bien entendu.

Rafik Smati
Président d'Objectif France et entrepreneur

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