TRIBUNE du 22 Mai 2018
Iran, Syrie : pas de diplomatie possible sans identité européenne
  
Membre du Comité Stratégique d'Objectif France, Michael Miguères est élu à Paris et auteur de “Russie, l'autre voie de l'Occident” (Ramsay, 2018). Dans cette tribune, il appelle à définir et à assumer une identité européenne, condition indispensable à l'avènement d'une diplomatie commune.

Alors que nous célébrions le 8 mai la fin de la deuxième Guerre Mondiale et l'avènement de la paix en Europe et le 9 mai la « journée de l'Europe » en souvenir de la déclaration du Ministre des Affaires étrangères français de l'époque, Robert Schuman, du 9 mai 1950 pour une gestion commune des ressources de charbon et d'acier, force est de constater que l'Europe est soumise à un degré de tension inédit.

Les motifs de déceptions des citoyens européens sont plus que jamais légitimes : échecs des politiques économiques édictées au début du millénaire par la « Stratégie de Lisbonne », faible croissance dans l'Union européenne, culture européenne en déclin, incapacité à défendre ses frontières, menace constante et croissante de l'islamisme, une pression migratoire non maîtrisée au-delà de toute capacité d'accueil, recul de la diplomatie des principaux pays et recul culturel des valeurs occidentales. Ces dernières années, et plus encore ces derniers mois et ces dernières semaines, nous avons en effet pu observer un phénomène inquiétant : la faiblesse de la diplomatie européenne.

Ainsi, que ce soit face à l'Etat Islamique, dont l'expansion n'a pu exister que grâce à notre faiblesse et nos contradictions, sur le dossier de l'Ukraine (élections présidentielles, statut de la Crimée, situation du Donbass), le régime Syrien (frappé uniquement par un seul pays de l'UE : la France) et désormais les Accords avec l'Iran, les positions diplomatiques à l'intérieur de l'Europe divergent de manière significative et le rayonnement de l'UE sur la scène internationale est en net recul. Cette situation peut s'expliquer par de nombreux contextes et de nombreux facteurs, cependant, il en est un qui devrait retenir particulièrement notre attention : l'incapacité de l'Europe à définir sa propre identité, et par conséquent ses intérêts !

En effet, sans capacité à définir ses valeurs, son identité, c'est-à-dire autant ses origines que son horizon, il est impossible de définir quels sont les buts stratégiques que l'Europe poursuit. Souvenons-nous par exemple qu'il a jusqu'ici été refusé de faire mention de « racines chrétiennes » au nom d'un laïcisme mal compris. Certains souhaitent sans doute s'inspirer des Etats-Unis, en oubliant qu'ils ont placé Dieu dans leur Constitution et sur chaque billet de banque. Sans savoir quelles valeurs, quel mode de vie et quelles communautés religieuses, idéologiques et politiques sont proches de l'Europe, il est impossible d'établir de savoir pour quoi ou pour qui on milite dans le monde. Et les atermoiements diplomatiques à chaque nouveau Président depuis Jacques Chirac n'aident pas à une diplomatie stable et efficace, qui doit jouer le temps long et la crédibilité de la parole donnée. Et plus encore face à une diplomatie américaine forte et expansionniste et une diplomatie russe qui revient petit à petit dans le jeu. Depuis les frappes d'Emmanuel Macron en Syrie, il est même devenu impossible de savoir quelle est la doctrine diplomatique de la France : si l'on place les relations internationales sous l'égide des Nations-Unies ou si l'on est favorable à des interventions unilatérales en dehors du droit et accords précédemment signés, et au final, pour la loi du plus fort et des risques de guerres démultipliés.

L'approche des prochaines élections européennes devrait nous conduire à œuvrer à redéfinir ce qu'est l'Europe et les espérances que l'on y fonde. L'Europe et le Progrès ont ceci de pratique pour les politiques qu'ils l'invoquent en permanence en étant incapables de les définir réellement. Une fois une identité, des valeurs, une culture et une volonté politique exprimées, alors l'Europe sera en capacité de redéfinir ses intérêts et par extension sa diplomatie. En attendant, il reste toujours à la France la ligne diplomatique édictée par le Général de Gaulle suivie par Pompidou, Mitterrand et Chirac d'une France qui doit défendre ses intérêts sur chaque dossier, se donner les moyens de ses ambitions et rester indépendante de nos amis et alliés Américains afin d'équilibrer les rapports de forces. C'est le choix d'un monde multipolaire comme garant de la paix. Le Président Macron a plaidé le 25 avril devant le Congrès Américain pour le choix d'un « multilatéralisme fort » qui « ne fera pas planer une ombre sur nos identités et nos cultures », il s'agit maintenant de joindre les actes à la parole, et un travail de fond qui ne semble pas près d'être engagé par l'exécutif jusqu'à présent.

Michael Miguères
Elu de Paris
Membre du comité stratégique d'Objectif France

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