TRIBUNE du 03 Juin 2018
Patrice Huiban : «Pour un véritable service universel... de la nation !»
  
Patrice Huiban est Directeur du projet et membre du comité stratégique d'Objectif France. Dans cette tribune, il expose les contours de ce que devrait être un Service National Universel nouveau et ambitieux, au service de la cohésion nationale et de la fraternité.

Un groupe de travail chargé d'imaginer les contours du service national universel vient de rendre son rapport au chef de l’État le jeudi 26 avril. Il préconise l'instauration d'une période obligatoire d'un mois à partir de quinze ans avec au programme, entre autres, de la formation aux premiers secours, aux enjeux de la défense nationale et du sport, le tout assorti de quinze jours en hébergement collectif obligatoire.

Loin de clarifier le débat, ce rapport laisse place à beaucoup d'interrogations. Si l'objectif annoncé n'est pas de contribuer à la défense nationale, mais d'opérer un brassage de la jeunesse, quid de l’encadrement et des infrastructures ? En quoi un mois d'activités communes serait-il suffisant pour raffermir notre cohésion nationale ?

Un tel dispositif, de par sa lourdeur, sa durée limitée et l'absence de contrepartie directe rendue à la nation, semble disproportionné au regard de son unique objectif de mixité sociale.

À contrario, ne serait-il pas légitime dans notre démocratie d’exiger que chaque jeune citoyen donne dix mois de sa vie, soit une année scolaire, à la collectivité à travers des missions d'intérêt général ?

Cependant, afin de concilier dans la durée adhésion des jeunes et brassage social, il faudrait que ce service soit établi dans une logique « gagnant-gagnant » avec des modalités relativement simples de mise en œuvre.

Ainsi, chaque jeune serait amené à émettre des souhaits qui seraient soumis à une commission locale au regard des besoins exprimés par l'ensemble des ministères. Outre leur utilité sociale, ces souhaits devraient respecter une règle fondamentale afin de garantir un mélange socio-culturel de notre jeunesse, soit marquer une triple rupture sociologique, intellectuelle et géographique avec le milieu d’origine.

Dans ce cadre, le jeune ne serait pas amené à subir une obligation légale, mais serait appelé à être acteur de son service à la nation. Cette responsabilisation serait un gage d'efficacité et d'acceptation du dispositif à moyen-long terme. Pour ceux se trouvant dans l’incapacité de formuler des souhaits cohérents ou en voie de marginalisation sociale, ce service serait un moyen non seulement de les détecter, mais aussi de les prendre en charge à travers des formules intensives de réinsertion qui ont fait leur preuve comme les centres de l’Etablissement pour l’insertion dans l’emploi1 (EPIDe) en France métropolitaine ou le service militaire adapté (SMA) pour l'outre-mer.

Sur le plan matériel, cette logique gagnant-gagnant devrait être adossée à des modalités souples de mise en œuvre, tout particulièrement en matière d'hébergement. Afin de permettre une montée en puissance rapide à coût maîtrisé, les pouvoirs publics pourraient passer des conventions avec des bailleurs publics comme privés, voire, en dernier recours, réquisitionner, acte par lequel l’autorité administrative impose à une personne privée, dans un but d’intérêt général, le transfert de propriété ou d’usage de son bien immobilier moyennant indemnité.

Si le coût brut d'un tel service apparaît important, de 5 à 10 Md€ par an en rythme de croisière selon les différentes estimations, son coût net serait bien inférieur, voire négatif. En effet, les externalités positives pour la collectivité seraient innombrables en ces temps de disette budgétaire où les pouvoirs publics peinent à assurer leurs missions, du soutien scolaire dans les quartiers sensibles à l'entretien du patrimoine en passant par l'accompagnement des plus fragiles dans les établissements médico-sociaux ou la participation, en complément des réserves, à l’opération Sentinelle qui ne nécessite qu'une formation militaire de base.

En conciliant besoins de la société, quête de sens, envie de servir et construction personnelle comme professionnelle de milliers de jeunes, un service national co-construit pourrait permettre à notre pays de donner corps à ce qui reste trop souvent le parent pauvre de notre tryptique républicain : la Fraternité.

Patrice Huiban
Directeur du Projet, membre du comité stratégique d'Objectif France

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