TRIBUNE du 15 Septembre 2018
Pour des journées du patrimoine... économique !
  
Chaque année, les Journées du Patrimoine offrent un accès libre à des bâtiments publics ou officiels. Et chaque année, le succès est au rendez-vous. Dans cette tribune, Patrice Huiban et Didier Liautaud (respectivement Directeur Projet et Responsable du pôle Économie d'Objectif France) rappellent que le patrimoine de la France est aussi économique, et que de nombreux ateliers, usines, entreprises devraient pouvoir être ouverts au public à l'occasion des journées du patrimoine.

Le week-end des 15 et 16 septembre, des millions de Français vont profiter du libre accès à la plupart des musées et sites culturels publics comme privés lors de la 35e édition des journées du patrimoine.

En France, près de 17 000 monuments seront ainsi ouverts à un public toujours aussi nombreux, plus de 10 millions de visiteurs chaque année, preuve de l’attachement de nos concitoyens à nos richesses artistiques et historiques exceptionnelles.

Cependant, si le succès de ces journées ne se dément pas année après année, un pan entier de notre patrimoine reste dans l’ombre. Il s’agit de notre patrimoine économique, fruit de l’histoire multiséculaire d’une des plus vieilles et puissantes nations industrielles au monde.

Cette 35e édition n’échappe pas à la règle. Si nos entreprises ne sont pas officiellement exclues de ces journées, elles n’y participent que de manière très marginale et sous l’angle de l’art ou de l’histoire, à l’image du Conservatoire Citroën à Aulnay-sous-Bois qui retrace l’épopée de la marque de 1919 à nos jours.

Or, notre patrimoine n’est pas uniquement figé, incarnation d’une grandeur souvent perçue comme passée. Notre patrimoine vit également à travers nos innovations, nos techniques, nos réalisations actuelles, c’est-à-dire à travers nos entreprises, véritables témoignages vivants de notre intelligence collective et de notre rayonnement en mouvement.

Si les campagnes actuelles de promotion du « Made in France » cherchent à toucher la raison des citoyens en mettant en avant la proximité, la qualité et le respect de normes environnementales comme sociales, elles cherchent peu à susciter une émotion partagée. Dans cette perspective, des journées nationales du patrimoine économique permettraient de rapprocher naturellement les Français de leurs entreprises et de leurs salariés qui auraient tout intérêt à ouvrir les portes de leur savoir-faire.

En effet, le meilleur spot publicitaire ou le meilleur reportage ne pourra jamais remplacer une immersion dans les usines automobiles de Flins, de Poissy, dans une exploitation agricole de la Beauce ou ostréicole de Bretagne en passant par une PME vosgienne spécialiste du meuble, une salle de marchés d’une grande banque française, un site d’assemblage d’Airbus dans le sud-ouest ou la plus ancienne fabrique de savon de Marseille. Au moment où nos entrepreneurs et leurs collaborateurs sont de plus en plus soumis à une concurrence internationale acharnée, le soutien de leurs compatriotes devient un enjeu majeur. Dans ce contexte, franchir les portes d’une entreprise et échanger avec ses salariés ne peut que susciter chez les citoyens une meilleure compréhension des contraintes qui pèsent sur le secteur productif français, meilleure compréhension d’autant plus facteur d’adhésion qu’il s’agit d’acteurs économiques locaux. Les entreprises qui ont franchi le pas ont compris l’intérêt d’une telle démarche à l’image de cette entreprise normande « Pépinières conseil » qui draine deux fois par an un millier de visiteurs dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres. Pour le chargé d’affaires de cette structure familiale, outre la notoriété de l’entreprise et la naissance d’éventuelles vocations, « L'organisation des deux portes ouvertes annuelles nous évite de courir les salons régionaux pour trouver des prospects ». Ces initiatives locales, isolées ou organisées à l’image des « Journées portes ouvertes entreprises 2018 en Lorraine » portées par les chambres de commerce et d’industrie de la Meuse et de Meurthe-et-Moselle, sont donc à encourager dans une dynamique nationale avec l’appui des pouvoirs publics.

A l’heure où notre pays traverse une crise économique et sociale lancinante avec en toile de fond une certaine méconnaissance, voire méfiance, du monde de l’entreprise chez beaucoup de Français, notre redressement économique passe aussi par l’échange et la rencontre avec ceux qui forgent aujourd’hui notre héritage de demain.

Patrice Huiban
Directeur Projet d'Objectif France

Didier Liautaud
Directeur du pôle Économie d'Objectif France

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