Numérique
Les propositions d'Objectif France
  

Le numérique est devenu un secteur essentiel de l’économie sous l’effet de l’explosion des usages. Apparu voici 50 ans en interconnectant les ordinateurs de quatre universités américaines l’année même où l’homme foula la Lune, Internet est utilisé aujourd’hui par 4,5 milliards de personnes.

Au-delà des usages, il est indispensable pour la France d’être acteur et non spectateur d’un duel opposant les États-Unis à la Chine. Le rapport McKinsey de 2011 indiquait, en effet, que la valeur créée par le numérique contribuerait pour moitié à la croissance française en 2030. Ce sont des emplois et une large part de notre activité qui se jouent, mais aussi notre modèle de société avec un équilibre à trouver entre efficacité économique, de l’action publique et respect de la vie privée.

Afin de maîtriser son développement, le numérique doit être appréhendé tant au niveau des infrastructures, des applications, des services que des utilisateurs. Ceux-ci endossent alternativement différents rôles : au travail, dans la vie privée et en tant que citoyens. Son caractère transverse en fait un enjeu incontournable pour l’ensemble de la nation.

La France a de nombreux domaines d’excellence dans le numérique (formation d’ingénieurs et grandes écoles de commerce avec des options dans le digital et l’innovation, data scientists, spécialistes du big data, de la robotique, de l’Intelligence artificielle (IA), de l’électronique embarquée, du jeu vidéo, des supercalculateurs, etc.) et des écosystèmes favorables (Paris Saclay, Grenoble, Sophia Antipolis, etc.). Elle compte par ailleurs 56 pôles de compétitivité géographiques ou thématiques. Elle a également des opérateurs télécoms solides avec un acteur historique, Orange, qui a su se transformer, bien « challengé » par Free, disruptif et innovant. Elle bénéficie aussi de quelques ESN (Entreprises de Services du Numérique) de pointe telles que Cap Gemini ou Atos, acteurs nés dans le sillage du plan calcul lancé par le général de Gaulle.

Plus près de nous, une plus grande prise en compte du numérique a été faite sous le gouvernement Fillon (Secrétariat d’État au numérique, Conseil national du numérique) et s’est prolongée avec le label « French Tech » sous l’impulsion de Fleur Pellerin. À cela s’ajoutent des initiatives privées comme l’École 42 (formation de développeurs) ou Station F (pépinières de start-up et de grandes entreprises voulant innover) avec Xaviel Niel.

Elle est cependant en retard par rapport aux États-Unis et à la Chine, nouveaux maîtres du monde numérique. Les GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft) aux États-Unis et les BATX (Baidu Alibaba Tencent Xiaomi) en Chine défient les États avec des situations souvent monopolistiques, des croissances et des profits insolents qui leur permettent à la fois de racheter des entreprises innovantes pour phagocyter toute concurrence et d’engager des actions de lobbying pour faire converger la loi avec leurs propres intérêts.

En outre, la France ne dispose pas de la taille critique (marché de 67 millions d’individus). Et si le marché européen est comparable à celui des États-Unis (327 millions de personnes), il est moins homogène linguistiquement et culturellement et compte moins de consommateurs de services numériques. Il existe également les incertitudes pesant sur le Brexit, la difficulté à faire émerger des champions et des licornes (start-up dont la valorisation boursière est au moins d’un milliard de dollars). Par ailleurs, la levée de fonds y est plus difficile qu’aux États-Unis et notre pays n’assure pas des formations en nombre suffisant de hauts diplômés (Bac + 5 / Bac + 8), pourtant reconnus à l’international. Fait aggravant, la France fait face à une fuite de cerveaux captés tant par la Silicon Valley que par d’autres hubs d’innovation dans le monde.

Nous sommes dépendants tant pour le matériel (industrie quasi-inexistante) que pour les logiciels et les données. Celles-ci, notamment personnelles, sont confisquées par les applications et souvent stockées en dehors de l’Union européenne. Elles sont insuffisamment défendues si l’on considère par exemple le « Cloud Act » américain, loi fédérale promulguée en 2018 qui permet aux forces de l'ordre ou aux agences de renseignement américaines d’obtenir des opérateurs télécoms et des fournisseurs de services de Cloud computing des informations stockées sur leurs serveurs, que ces données soient situées aux États-Unis ou à l’étranger.

Le numérique a permis jusqu’à aujourd’hui aux États-Unis d’asseoir leur domination sur le monde, conjointement avec leurs forces armées. Les États-Unis ont misé très tôt sur une politique des autoroutes de l’information avec un développement d’entreprises innovantes et un soutien des marchés publics avec une porosité des sphères comme on l’observe dans la Silicon Valley. Il existe un continuum entre les mondes de l’enseignement, de la recherche, des start-up, des entreprises, de la Défense. C’est le cas à l’Université de Stanford par exemple.

Quant à la France et l’Europe, elles brident le développement numérique avec une politique de taxation pavlovienne sans réflexion globale sur les monopoles de fait. Pourtant, la difficulté de taxer les profits réalisés par les GAFA et autres géants du numérique est réelle. Mais, en situation de quasi-monopole, toute taxation est vaine car celle-ci se trouve répercutée sur leurs prix de vente et pénalise in fine les PME françaises et les particuliers qui supportent insidieusement le manque à gagner pour l'État. Par ailleurs, les nombreuses instances génèrent une complexification et des doublons. Conséquence : nous disposons de peu de licornes (5) comparativement au Royaume-Uni (17) ou à l’Allemagne (8), pour prendre des pays de tailles comparables. Il en va de même pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI).

Pour l’industrie numérique française et européenne, c’est aussi la question des capacités de stockage souverain, du développement de la filière de l’IA, mais aussi de l’informatique quantique (augmentation de la puissance de calcul des machines) sur le long terme. Nous avons également la question du déploiement de la 5G (et ultérieurement de la 6G) et en même temps la réduction de la fracture numérique. Nous allons en effet assister à l’apparition de capteurs connectés sur une large part d’objets de notre quotidien (l’Internet des objets), sans parler de la blockchain (technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle) ou de l’impression 3D qui vont être la source de création de nouvelles entreprises avec des usages en devenir.

La question de l’emploi et de la transformation des métiers est cruciale avec une fracture numérique qui laisse entrevoir des laissés-pour-compte si aucun accompagnement au changement n’est conduit par l’État, les collectivités territoriales et les associations sur le terrain. De nouveaux métiers vont apparaître (comme celui de data scientist) sur fond de développement de l’Intelligence artificielle et des algorithmes qui remettront en cause de nombreux emplois. Un des enjeux sera le développement des soft skills et des savoirs tout au long de la vie.

Pour le citoyen qui a des démarches en ligne à effectuer (que ce soit avec un PC, un smartphone ou demain avec l’Internet des objets), les questions d’éducation et de formation, de santé, d’inclusion numérique – avec la prise en compte des seniors et des personnes en situation de handicap – sont structurantes. Si l’Estonie est un exemple en matière de dématérialisation de l’action publique, il convient de veiller à l’égalité devant le service public, principe à valeur constitutionnelle en France.

Cela renvoie au modèle de société souhaité : droit à la déconnexion, droit à l’oubli partiel et droit au « silence des puces ». Il s’agit de tendre vers un monde « phygital » avec une juste complémentarité entre sphère numérique et physique. Les questions de libertés individuelles par rapport à des cybersurveillances (question de sûreté publique, de lutte contre le terrorisme) résident dans un subtil équilibre à trouver entre liberté d’expression et sécurité de l’État. Les lois contestées sur les « fake news » et la haine en ligne témoignent des difficultés à trouver cet équilibre. En dépit des efforts du législateur à travers notamment le Règlement général sur la protection des données (RGPD), leur propriété échappe in concreto au citoyen. En effet, les modèles économiques des acteurs reposent souvent sur la gratuité d’utilisation d’un service en l’échange d’une exploitation des données personnelles de l’utilisateur.

Au-delà de ces questions se pose la problématique de la régulation du numérique qui ne peut être efficace qu’au niveau européen avec, pour nos industries, le fait de disposer d’une masse critique face aux États-Unis et à l’Asie. Au regard de cet enjeu, l’intervention de l’État est nécessaire. La question de la souveraineté numérique intervient à plusieurs niveaux, des données et de leur stockage, du calcul scientifique, des composants électroniques, le tout avec un risque de failles à l’image des « portes dérobées » dans les routeurs du constructeur chinois Huawei.

Plusieurs questions découlent de ces constats. En cas de monopole, faut-il démanteler, nationaliser ? Comment opérer dans un cadre mondial ? Comment s’effectue le partage de la nouvelle valeur ajoutée créée ? Quelle fiscalisation des géants du numérique ? Quelle responsabilité des plateformes pour les données hébergées eu égard à l’arsenal juridique déjà existant ? Quel est le droit de propriété des données ? Comment privilégier un stockage dans un cloud européen ? Etc.

Enfin, l’essor de l’industrie numérique a un impact fort sur l’environnement. Il génère de la pollution (tant par les serveurs que via l’extraction des matières premières utilisées, telles que les terres rares). Ainsi se pose la question des filières de recyclage et des nouvelles dépendances énergétiques en matière de composants et comment on peut y remédier.

En tant que mouvement fondé par des entrepreneurs du numérique, Objectif France se distinguera par sa connaissance de cet enjeu. Nous présenterons bientôt une vision d’avenir et des mesures fortes pour que notre pays embrasse pleinement la révolution numérique et s’impose définitivement comme un phare de l’économie digitale.

* Programme de réformes élaboré par l'ensemble des comités thématiques et territoriaux d'Objectif France.
Publié le : 10 mars 2018
Mis à jour le : 26 septembre 2019