Programme

Numérique

Les propositions d'Objectif France


Le numérique est devenu un secteur essentiel de l’économie sous l’effet de l’explosion des usages. Apparu voici 50 ans en interconnectant les ordinateurs de quatre universités américaines l’année même où l’homme foula la Lune, Internet est utilisé aujourd’hui par 4,5 milliards de personnes.

Afin de maîtriser son développement, le numérique doit être appréhendé tant au niveau des infrastructures, des applications, des services que des utilisateurs. Ceux-ci endossent alternativement différents rôles : au travail, dans la vie privée et en tant que citoyens. Son caractère transverse en fait un enjeu incontournable pour l’ensemble de la nation.

La France a de nombreux domaines d’excellence dans le numérique (formation d’ingénieurs, data scientists, spécialistes du big data, de la robotique, de l’Intelligence artificielle (IA), de l’électronique embarquée, du jeu vidéo, des supercalculateurs, etc.) et des écosystèmes favorables (Paris Saclay, Grenoble, Sophia Antipolis, etc.). Elle a également des opérateurs télécoms solides avec un acteur historique, Orange, qui a su se transformer. Elle bénéficie aussi de quelques ESN (Entreprises de Services du Numérique) de pointe telles que Cap Gemini ou Atos, acteurs nés dans le sillage du plan calcul lancé par le général de Gaulle.

Plus près de nous, une plus grande prise en compte du numérique a été faite sous le gouvernement Fillon (Secrétariat d’État au numérique, Conseil national du numérique) et s’est prolongée avec le label « French Tech » sous l’impulsion de Fleur Pellerin. À cela s’ajoutent des initiatives privées comme l’École 42.

Elle est cependant en retard par rapport aux États-Unis et à la Chine, nouveaux maîtres du monde numérique. Les GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft) aux États-Unis et les BATHX (Baidu Alibaba Tencent Huawei Xiaomi) en Chine défient les États avec des situations souvent monopolistiques, des croissances et des profits insolents qui leur permettent à la fois de racheter des entreprises innovantes pour phagocyter toute concurrence et d’engager des actions de lobbying pour faire converger la loi avec leurs propres intérêts.

En outre, la France ne dispose pas de la taille critique et éprouve des difficultés à faire émerger des champions et des licornes (start-ups dont la valorisation boursière est au moins d’1 Md$). Par ailleurs, la levée de fonds y est plus difficile qu’aux États-Unis et notre pays n’assure pas des formations en nombre suffisant de hauts diplômés (Bac + 5 / Bac + 8), pourtant reconnus à l’international. Fait aggravant, la France fait face à une fuite de cerveaux (ex. : Silicon Valley).

Nous sommes par ailleurs dépendants tant pour le matériel que pour les logiciels et les données. Celles-ci, notamment personnelles, sont confisquées par les applications et souvent stockées en dehors de l’Union européenne. Elles sont insuffisamment défendues vis-à-vis du « CLOUD Act » américain (cf. projet Intelligence économique). Le numérique a ainsi permis aux États-Unis d’asseoir leur domination sur le monde, conjointement avec leurs forces armées. Ils ont misé très tôt sur une politique des autoroutes de l’information avec un développement d’entreprises innovantes et un soutien via les marchés publics. Il y existe ainsi un continuum entre les mondes de l’enseignement, de la recherche, des start-ups, des entreprises, de la Défense.

Quant à la France et l’Europe, elles brident le développement numérique avec une politique de taxation pavlovienne sans réflexion globale sur les monopoles de fait. Toute taxation se trouve ainsi répercutée sur les prix de vente et pénalise in fine les PME françaises et les particuliers qui supportent insidieusement le manque à gagner pour l'État.

Il est pourtant indispensable pour la France d’être acteur et non spectateur d’un duel opposant les États-Unis à la Chine. Il s’agit de refuser une « colonisation numérique ».

La question de l’emploi et de la transformation des métiers est également cruciale. Une fracture numérique laisse entrevoir des laissés-pour-compte si aucun accompagnement au changement n’est conduit par les acteurs publics et les associations sur le terrain. De nouveaux métiers vont apparaître (comme celui de data scientist) sur fond de développement de l’Intelligence artificielle et des algorithmes qui remettront en cause de nombreux emplois. Le rapport McKinsey de 2011 indiquait ainsi que la valeur créée par le numérique contribuerait pour moitié à la croissance française en 2030 avec un équilibre à trouver entre efficacité économique, solidarité et respect de la vie privée.

Cela renvoie au modèle de société souhaité : droit à la déconnexion, droit à l’oubli partiel et droit au « silence des puces ». Il s’agit de tendre vers un monde « phygital » avec une juste complémentarité entre sphère numérique et sphère physique. Les questions de libertés individuelles par rapport à des cybersurveillances résident dans un subtil compromis à trouver entre liberté d’expression et sécurité de l’État dans un contexte où les modèles économiques des acteurs reposent souvent sur la gratuité d’utilisation d’un service en l’échange d’une exploitation des données personnelles de l’utilisateur.

Enfin, l’essor de l’industrie numérique dans son ensemble a un impact fort sur l’environnement. Elle génère de la pollution (serveurs, extraction de « terres rares »). Ainsi se pose la question des filières de recyclage et des nouvelles dépendances énergétiques en matière de composants.

En tant que mouvement fondé par des entrepreneurs du numérique, Objectif France propose une vision d’avenir avec des mesures fortes pour que notre pays embrasse pleinement la révolution en cours et s’impose définitivement comme un phare de l’économie digitale.


Synthèse en 37 points clés :


Instaurer un État 2.0

1 - Rationaliser l’action des services informatiques nationaux en renforçant les prérogatives de la Direction interministérielle du numérique et des systèmes d’information et de communication (DINSIC).

2 - Bâtir une vision des choix technologiques à 30 ans.

3 - Utiliser davantage le levier du numérique pour réformer l’action publique avec, comme préalable, la rationalisation des processus métiers de l’administration : clarifier les rôles et responsabilités, le « qui fait quoi » en veillant à ne jamais séparer le décideur du payeur (un responsable, une mission, un budget) et en distinguant l’administration de terrain de l’administration de gestion (cf. projet Réforme de l’Etat).

4 - Après rationalisation des processus au sein et entre les fonctions publiques, mettre en place une carte d’identité électronique unique de résident permettant un accès à l’ensemble des services publics dans le respect des règles de la CNIL.

5 - Proposer des outils sécurisés de consultation citoyenne en s’appuyant sur la carte multi-services.

6 - Favoriser le travail en mode collaboratif entre les agents des trois fonctions publiques grâce à des bases de données et des outils partagés faisant appel à l’Open Data.

7 - Avoir un plan volontariste en matière d’infrastructure, soit en 10 ans le déploiement de la fibre optique pour 95 % des Français ainsi que le déploiement de la 4G dans les zones les plus difficiles à couvrir afin d’apporter du Très Haut Débit à pratiquement 100 % des foyers.

8 - Assurer dans les territoires la continuité du service en créant une incitation pour les opérateurs qui comblent le vide numérique localement.

9 - Miser sur l’Internet des objets au profit de l’État et des collectivités locales. Par exemple, des capteurs pourraient être utilisés pour l’éclairage ou encore pour transmettre le taux de remplissage des ordures ménagères.


Asseoir une souveraineté numérique française et européenne

10 - Disposer de datacenters nationaux, voire européens, en intégrant les questions de coût énergétique et d’écologie. Le cloud européen pourrait ainsi être hébergé à St-Pierre-et-Miquelon.

11 - Harmoniser au niveau communautaire le calcul de l’assiette fiscale des sociétés multinationales du numérique.

12 - Proposer la création d’un NASDAQ européen (AELE compris) pour peser face aux États-Unis.

13 - Décréter un embargo sur les produits numériques sur lesquels un doute d'espionnage persiste et certifier les produits stratégiques pour l’État et les entreprises à haut savoir-faire.

14 - Développer le projet européen EuroHPC (European High-Performance Computing) qui résulte d’un partenariat public-privé dans le calcul haute performance.

15 - Promouvoir le logiciel libre et développer un système d’information et des applications bureautiques souverains en open source en partant des expérimentations menées par la Gendarmerie nationale.

16 - Revaloriser le concept de « données sensibles » dans le cadre des directives européennes.

17 - Définir une doctrine pour une crypto-monnaie européenne.

18 - Développer nos capacités de lobbying pour influer sur les standards UE et internationaux.

19 - Doter la jeune Cyber-armée de moyens d’action efficaces.

20 - Renforcer le « Data Intelligence Cluster » constitué d’une mosaïque de sociétés françaises très pointues dans le renseignement d’origine numérique.

21 - Développer l’accompagnement des entreprises françaises dans leur transformation numérique avec l’appui d’acteurs publics nationaux (DINSIC, BPI France, ANSSI).

22 - Transformer des zones industrielles désaffectées en fablabs (ateliers avec des outils informatiques partagés comme des imprimantes 3D, etc.) en liaison avec des entreprises de la nouvelle économie, des écoles et des universités.

23 - Revenir sur les lois fake news et haine sur Internet, supprimer Hadopi et renforcer les moyens de la CNIL et de l’ANSSI face aux risques croissants en matière de cybercriminalité.


Encourager les initiatives et les projets numériques

24 - Inciter et valoriser la création d’entreprise dans le numérique. En cas d’échec et selon certaines conditions, un droit au chômage serait à instaurer.

25 - Accompagner les start-ups prometteuses du numérique (guichet unique attractif pour l’entrepreneur, orientation de l’épargne des Français vers les entreprises innovantes, incitation à l’ouverture de bureaux à l’international, etc.).

26 - Permettre aux salariés des entreprises de plus de 500 personnes de créer leur start-up pendant une durée maximale à définir (3 ans) et proposer l’option de la réintégrer ensuite à un niveau au moins équivalent en bénéficiant de l’expérience extérieure acquise.

27 - Valoriser les salariés inventeurs.

28 - Inciter financièrement les chercheurs à être fondateurs de start-ups ou mentors.


Soutenir la formation au numérique

29 - Mettre en place des dispositifs d’accompagnement et de formation aux services numériques de base en utilisant les moyens déjà disponibles (réseau de La Poste, volontaires du Service civique, voire des jeunes issus d’un éventuel nouveau service national).

30 - Initier tous les jeunes à la programmation à travers les cours de technologie de 4e et 3e, ce qui permettrait par la même occasion de revaloriser cet enseignement.

31 - Former les parlementaires et les maires de communes de plus de 3 000 habitants à un socle de connaissances numériques.

32 - Former les chefs d’entreprises et les salariés aux enjeux du numérique via les opérateurs de compétences (OPCO) rattachés aux branches professionnelles.

33 - Au-delà du Capes d’informatique créé en 2020, mettre en place une agrégation en informatique.

34 - Avoir un objectif de formation d’ingénieurs et de concepteurs/développeurs ambitieux.


Numérique et environnement

35 - Développer une industrie de recyclage des anciens équipements afin de limiter notre dépendance en terres rares.

36 - Lutter contre l’obsolescence programmée.

37 - S’assurer de la non-nocivité des ondes électromagnétiques pour la santé avec des seuils établis et mesurés par des entités indépendantes (ANFR, ARCEP).