Programme

Défense nationale

Les propositions d'Objectif France


Après la chute du Rideau de fer et la réunification de l’Europe, nous pensions pouvoir vivre enfin dans un monde de paix, et nous n’avons plus accordé la même importance à notre défense. Soulagés par la disparition d’une menace majeure à l’Est, nous nous sommes laissé anesthésier par les opérations d’interposition ou de maintien de la paix, notamment dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union européenne (UE).

Avec l’embuscade d’Uzbin en Afghanistan (août 2008) où 10 soldats français furent tués et 21 autres blessés, le réveil fut brutal. Au cours des trente dernières années, nous n’avons ainsi pas pris suffisamment conscience que le monde changeait rapidement avec, notamment, une liberté de choix et d‘action en grande partie retrouvée par de nombreux Etats et organisations terroristes islamiques. Depuis 2017, les ventes d’armes dans le monde battent des records.

Plusieurs pays accroissent, de manière très significative, leurs capacités militaires, et certains font des démonstrations de force qui doivent nous alerter. Cet état du monde, dont l’évolution se poursuit sous nos yeux, comporte des risques de confrontation armée et, pour la France, des menaces majeures pour sa sécurité.

Les États-Unis, qui disposent des premières forces armées au monde, continuent aussi d’augmenter leurs capacités militaires nucléaires et classiques face à la montée en puissance de la République populaire de Chine et tout en essayant de masquer cette course aux armements stratégiques sous différents prétextes. Ainsi, lorsque George W. Bush a abandonné le traité Anti-Ballistic Missile ou ABM, cela a permis aux Etats-Unis d’implanter des systèmes antimissiles en Europe en prétendant initialement qu’ils étaient destinés à défendre le continent d’une menace iranienne alors même que leur extension en Asie les fait désormais apparaître comme un projet face à la Russie et la Chine. Les Etats-Unis sont aussi sortis unilatéralement du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) le 2 août 2019 sous le prétexte que des missiles SS-26 Stone (Iskander russes) violent les restrictions imposées par le traité alors même que les systèmes US-Mk-41 déployés dans les bases américaines en Pologne et en Roumanie depuis 2010 ont des capacités supérieures. Cette situation renforce le rôle de la dissuasion nucléaire comme socle central de notre Défense.

Plus généralement, un rapide examen de la situation actuelle fait apparaître de nombreux conflits ouverts ou larvés, Afghanistan, Moyen-Orient, Asie Centrale (Haut-Karabakh), Somalie, Libye, Sahel, Yémen, etc., avec une multiplication des foyers djihadistes et l’utilisation par la Turquie et l’Iran de milices islamiques dans ces conflits. Au niveau des puissances majeures, la Chine développe fortement ses capacités navales ; elle entend contrôler totalement la mer de Chine qu’elle considère comme une mer intérieure, et garantir la sécurité de ses approvisionnements en énergie jusqu’au golfe persique et aux côtes africaines. Elle tisse sa toile stratégique avec les nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative ou BRI officialisée en 2015).

La Turquie d’Erdogan, bénéficiant de la permissivité des Etats-Unis à son égard, conduit une politique révisionniste du traité de Lausanne (1923) qui fixait ses frontières, menace la Grèce en méditerranée orientale et « illumine » un bâtiment français qui participe au respect de l’embargo sur les armes à destination de la Libye, remet en cause le partage de Chypre, obtenu par la force en 1974, et intervient militairement en utilisant des forces spéciales et des milices islamiques en Syrie, en Libye et dans le Haut-Karabakh.

Dans ce contexte, personne ne peut exclure des crises à intensité variable, allant jusqu’à des combats limités entre (super)puissances.

Parallèlement, la déstabilisation et les oppositions engendrées au Moyen Orient, en Libye et dans d’autres régions en Afrique continueront d’être la source de nombreux conflits de type « guérilla moderne », comme dans la bande sahélienne actuellement, et de lutte contre le terrorisme islamique, parfois simultanément.

Aux frontières Est de l’Europe, la Russie fait depuis moins de trente ans des premiers pas hésitants vers la démocratie. Mais, au lieu de lui tendre la main pour la guider sur ce chemin difficile, les Etats-Unis via l’OTAN n’ont cessé depuis la fin des années 1990 de l’humilier, voire de la provoquer jusqu’à proximité de ses frontières dans le but d’éviter la création d’une convergence eurasienne qui concurrencerait la suprématie mondiale qu’ils détiennent. Ces provocations, conduites en Géorgie puis en Ukraine, ont entrainé un raidissement de la Russie qui reste dans la défiance face à l’OTAN/États-Unis, voire à une certaine Union européenne atlantiste. Elle a ainsi réagi en conduisant des interventions armées en Géorgie, dans la partie russophone de l’Ukraine, et en Crimée qu’elle a annexée. Mais la Russie, avec un territoire à défendre 35 fois plus étendu que celui de la France, reste un nain économique, et ne dépense pas beaucoup plus pour sa défense (62 Mds $) que notre pays. Elle n’est qu’une puissance régionale, toutefois dotée de l’arme nucléaire et d’un siège de membre permanent du Conseil de sécurité (ONU). Elle ne constitue une menace pour l’Europe que ponctuellement à sa périphérie.

La France doit donc se protéger et agir dans un monde instable et dangereux et à défendre ses intérêts notamment dans sa zone maritime exclusive qui représente une surface maritime 25 fois supérieures à celle de notre territoire métropolitain. Cette situation sécuritaire conduit notre pays à être présent sur de nombreux théâtres d’opérations, mais aussi à se préparer à dissuader toute menace contre ses « intérêts vitaux », à disposer des moyens de participer simultanément à une guerre de haute intensité dans ses approches européennes. Cela comprend les domaines de l’espace et du numérique, duaux par nature et incontournables pour le renseignement. Cette présence se prolonge par le continuum défense-sécurité maintenant des capacités sur le territoire national d’une part, pour épauler les forces de l’ordre qui peuvent devoir être renforcées dans le maintien d’un niveau de sécurité acceptable face à des actions de terroristes radicalisés alliés au crime organisé, et, d’autre part, pour développer des opérations non létales dans le domaine cognitif (influence, persuasion, comportemental, etc.).

La loi de programmation militaire 2018-2023 (LPM) fixe de façon précise les dépenses et leur répartition dans tous les domaines qui concernent nos forces armées. Elle prévoit un accroissement important de l’effort national à leur profit notamment sur les trois dernières années. En complément de cette dernière LPM et des livres blancs, Objectif France plaidera pour l’affirmation d’une doctrine forte en matière de défense et de sécurité nationales. Cette doctrine doit être définie conjointement par le Conseil de défense, le Coordinateur national du renseignement (CNR), le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI). Pour assurer une véritable coordination entre les acteurs, éviter le silotage administratif tout en favorisant une politique de renseignement et d’intelligence économique tout azimut pour protéger nos actifs stratégiques, ces organismes doivent relever directement du président de la République.

Dans cette perspective, le projet Défense d’Objectif France s’attachera à mettre en lumière les cinq axes d’effort essentiels sur lesquels le président de la République, garant de l’indépendance nationale, doit concentrer son attention et son action.

- Conserver la pleine capacité nationale à moderniser la dissuasion nucléaire, socle et ultime recours de notre défense ;
- Promouvoir résolument une base industrielle de défense européenne, la France étant le principal maître d’œuvre ;
- Promouvoir une alliance européenne de défense contre le terrorisme islamique, notamment autour du renseignement et de la lutte contre toute influence ;
- Assurer la surveillance et la sécurité de notre zone économique exclusive (ZEE), en particulier dans la zone indo-pacifique ;
- Rehausser la condition militaire, élément essentiel du recrutement et de compensation des sujétions liées à la disponibilité opérationnelle.


Synthèse en 7 points clés :


Conserver la pleine capacité nationale à moderniser la dissuasion nucléaire, socle et ultime recours de notre défense.

1 - Pour Objectif France, dans le contexte actuel et dans son évolution prévisible, la dissuasion nucléaire, ultime recours de notre sécurité nationale, doit demeurer à la pointe de la technologie pour conserver sa capacité dissuasive. Objectif France attache une importance vitale à ce qu’aucun sous-système et composant de cette capacité dépende du bon vouloir d’un pays étranger, fût-il un allié, afin que la modernisation de cet arsenal puisse être réalisée en toute indépendance stratégique.


Promouvoir résolument une base industrielle de défense européenne

2 - Objectif France soutient que c’est en créant et consolidant une infrastructure industrielle de défense commune que l’Europe forgera un esprit de défense. La coopération européenne est une longue histoire de succès et d’échecs, mais elle demeure le moyen pour la très grande majorité des États européens de disposer de matériels militaires aux capacités technologiques innovantes qu’isolément ils auraient du mal à développer, du fait des coûts élevés de recherche et développement, de la modestie de leur besoin national, et de l’incertitude à l’exportation. Elle leur permet aussi de se libérer de la dépendance que constitue l’achat d’armement américain (y compris de sa législation extraterritoriale comme l’International Traffic in Arms Regulations ou ITAR) alors même que l’attention stratégique de cet allié est clairement mobilisée par l’Asie et le Pacifique. Cette coopération devra désormais accentuer ses efforts dans les domaines nouveaux que sont les réseaux numériques, l’industrie spatiale, la cybersécurité et l’intelligence artificielle (IA).

3 - Pour autant, il apparaît essentiel que la maîtrise d’œuvre des projets soit conservée sans partage par la France qui possède une expertise et une culture stratégiques supérieures aux autres nations européennes, démontrées par le Rafale (avec comme contre-exemple le projet A400M).

4 - Objectif France, soutiendra toute action de notre pays favorisant la construction d’une infrastructure industrielle nationale de Défense dans les domaines nouveaux évoqués cidessus tout en restant ouvert à une coopération avec nos partenaires européens.


Impliquer les Européens dans la lutte contre le terrorisme islamique au Sahel

5 - Objectif France considère que la création d’une alliance européenne contre le terrorisme islamique serait de nature à recueillir un large assentiment des Européens, à modifier profondément la perception des Européens envers l’UE et à construire « l’Europe qui protège » qu’Objectif-France appelle de ses vœux.


Assurer la surveillance et la sécurité de notre zone économique exclusive (ZEE)

6 - Les mers et océans, qui recouvrent les deux tiers de notre planète, abondent d’atouts à exploiter, mais également de défis sécuritaires à relever. Les sources de richesses en matières premières – réserves halieutiques, minérales et d’hydrocarbures – sont aujourd’hui menacées par la pêche illégale, les atteintes à l’environnement, mais également par la territorialisation des mers, source de tensions entre pays riverains. C’est peu dire que, avec la haute atmosphère, les mers et les océans sont appelés à jouer les premiers rôles dans les décennies à venir. La France doit donc conserver sa capacité à assurer sa mission de souveraineté et de police des pêches. Pour cela, il faut qu’elle dispose des moyens nécessaires comme des patrouilleurs océaniques et des avions de surveillance maritime.


Rehausser la condition militaire

7 - La multiplicité des engagements, à l’extérieur comme à l’intérieur de nos frontières, font subir à nos personnels des contraintes en matière de disponibilité opérationnelle, de cadre de vie et d’éloignement de leurs familles sans égal dans aucun autre métier. Le général François Lecointre, ancien chef d’état-major des armées, a déclaré le 17 juillet 2018 à l’Assemblée nationale : « L’armée française est éreintée, sous-équipée, sous-dotée, sous-entraînée ». Dans la LPM actuelle, peu de mesures importantes concernent la condition militaire.


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