Programme

Politique méditerranéenne

Les propositions d'Objectif France


La Méditerranée, terreau de civilisations, est amenée à retrouver un rôle géopolitique central, en termes de risques (crises, instabilité, terrorisme et crime organisé, enjeux migratoires... et d'opportunités (développement, échanges, culture, transition écologique...). La France est aujourd'hui la principale puissance riveraine de la Méditerranée, mais ne pense et n'agit pas assez comme tel : nous avons pourtant une vocation méditerranéenne. Nous devons être à la hauteur de notre histoire et de notre potentiel dans la région, et des enjeux qu'elle concentre.

Objectif France entend doter la France d'une politique méditerranéenne à part entière, complémentaire de la politique européenne française qui sera réorientée, de la politique francophone que nous entendons bâtir avec les États concernés, et de la politique de puissance maritime dont nous ferons une priorité absolue. La vision méditerranéenne d'Objectif France s'articule autour de trois orientations stratégiques : nous rapprocher enfin de l'Europe du Sud, notamment de nos voisins latins (Italie, Espagne, Portugal), pour mieux influer sur la construction européenne et rééquilibrer celle-ci ; adopter une nouvelle « politique arabe » au Maghreb et au Proche-Orient ; avancer rapidement sur les dossiers sécuritaires, migratoires et économiques avec les pays du Dialogue 5+5 en Méditerranée occidentale, où nous pouvons agir efficacement.

Notre première orientation stratégique, le rapprochement avec l'Europe du Sud, vise à rendre la politique européenne de la France plus équilibrée, plus efficace, plus attractive au sein de l'UE et plus conforme à nos intérêts nationaux. Nous sommes très attachés au couple franco-allemand et aux progrès qu'il a permis ces dernières années, mais nous considérons qu'il est devenu un quasi dogme dont dépend trop notre politique européenne. Si la relation franco-allemande est fondamentale et doit être encore renforcée, elle ne doit plus être exclusive : trop d'échecs de la France en Europe, de déséquilibres et de blocages au sein de la construction européenne, s'expliquent par un désintérêt de Paris pour l'Europe du Sud et une incapacité à penser l'action européenne hors du seul cadre franco-allemand.

La France a davantage en commun avec ses voisins du Sud, l'Italie, l'Espagne et le Portugal, qu'avec son voisin allemand : nous sommes beaucoup plus proches sur les plan culturel et humain, et nous avons des atouts et des défis en partage. Du chômage à l'endettement, des enjeux régaliens à la compétitivité, nos difficultés sont souvent similaires et nous pouvons mieux les affronter en travaillant ensemble. Objectif France préconise donc un rapprochement entre Paris, Rome, Madrid et Lisbonne, qui formeraient un noyau dur, un cercle concentrique capable d'avancer rapidement sur des dossiers partagés, et de peser beaucoup plus fortement au niveau de l'UE.

Là où le couple franco-allemand incarne la construction européenne en tant que projet de réconciliation, le nouveau partenariat entre la France et ses voisins européens peut incarner la construction européenne comme projet de civilisation. Ce rapprochement des pays « latins » donnerait une dimension humaine à un projet européen vu comme coupé des peuples et désincarné, car il s'appuierait sur un ensemble culturel et géographique cohérent. Ce groupe resserré des États de l'ouest de la Méditerranée pourrait tendre la main aux autres États méditerranéens et travailler avec eux de façon plus crédible et plus sélective.

La situation est propice à un tel rapprochement, d'autant que nos deux grands voisins du Sud sont demandeurs. L'Espagne redevient un acteur central en Europe et y devient de plus en plus influente, a accompli une grande partie des réformes nécessaires à sa modernisation, et cherche à sortir par le haut de la crise catalane qui menace son unité. Une nouvelle relation s'impose avec Madrid. L'Italie, qui n'a d'alternative qu'entre une fuite en avant populiste et une plus forte intégration européenne, sera amenée à se rapprocher de pays aux intérêts concordants pour ne pas s'isoler durablement et réussir son redressement, lequel serait fortement facilité par un rapprochement avec la France. L'émergence d'un couple Paris-Rome, complémentaire du couple franco-allemand, marquerait un tournant historique dans la construction européenne, permettrait à l'Italie d'échapper à ses démons qui la menacent de marginalisation, et à la France de renforcer son poids en Europe.

Notre deuxième grande orientation stratégique est la construction d'une nouvelle politique arabe, adaptée aux nouvelles réalités régionales de l'Afrique du Nord et du Proche-Orient, et plus conforme à nos intérêts nationaux. Notre destin est grandement lié à celui des États du sud et de l'est de la Méditerranée, à la fois sur le plan international (l'adaptation de la puissance française et de notre capacité à peser dans des régions hautement stratégiques) et domestique (la sécurité, la cohésion et l'identité de notre pays, d'abord face aux enjeux migratoires et religieux). La France n'a aujourd'hui plus de « politique arabe » à proprement parler, et sa voix se fait de moins en moins forte et de moins en moins claire dans les enjeux régionaux : il nous faut donc engager un « reset » en Afrique du Nord et au Proche-Orient, régions si importantes pour notre avenir.

Notre troisième grande orientation stratégique, centrée sur la Méditerranée occidentale, associe notre projet de rapprochement avec Rome, Madrid et Lisbonne, et notre vision pour les relations entre la France et le Maghreb avec lequel notre destin est de plus en plus lié. De l'immigration aux mutations démographiques qui caractérisent les pays des deux côtés de la Méditerranée, du crime organisé au terrorisme, du développement du Maghreb au redressement économique de la France et ses voisins espagnol et italien, en passant par la résilience des sociétés européennes et maghrébines face au péril islamiste, tout nous pousse à travailler étroitement et à l'initiative de la France. Les Etats de Méditerranée occidentale échangent aujourd'hui au sein du « Dialogue 5+5 » autour de défis partagés : ces défis vont gagner en importance, tout comme l'interdépendance entre les différents pays de la zone. L'intérêt national en dépend.

Objectif France dévoilera bientôt sa stratégie pour une politique méditerranéenne visionnaire et ambitieuse, articulée autour des trois axes évoqués plus haut, à commencer par le rapprochement avec nos voisins d'Europe latine. Cette ambition méditerranéenne ne signifiera pas une réorientation ou un recentrage de la France vers le Sud au détriment de ses relations avec le reste de l'Europe, elle sera complémentaire de notre politique au sein de l'UE (cf. notre programme « Politique européenne ») et contribuera à renforcer notre influence à l'intérieur de celle-ci.